Pollution
Humain
Environnement
Economique

Dans une papeterie, une cuve de stockage de liqueur noire (pH 13) subit une rupture mécanique de son fond conique à 8h47. La cuve d’une capacité de 600 m³, contient au moment des faits 500 m³ de produit et se vide en moins de 30 s.

L’effluent est contenu en partie dans sa rétention associée, à hauteur de 100 à 120 m³ ; 300 m³ de produit sont dirigés vers une lagune de traitement et entre 80 et 100 m³ rejoignent la VIENNE par le réseau d’eaux pluviales de l’usine entre 8h50 et 10h30.

Les pompiers installent des barrages flottants à plusieurs endroits et constatent une formation de mousse sur 500 m de long et 80 m de large au niveau de Chabanais. Aucune mortalité piscicole dans la VIENNE n’est constatée. La préfecture déconseille la baignade, la pêche, l’arrosage agricole ainsi que la navigation sur la VIENNE en aval du lieu de pollution pour le week-end. L’industriel rédige un communiqué de presse sur l’accident.

Un suivi de la qualité du milieu est mis en place par l’exploitant. Au niveau de 3 points de mesure à 500 m, 2 et 7 km en aval du rejet, les paramètres pH, conductivité, DCO et oxygène dissous, sont mesurés. Le suivi géographique de la pollution est par ailleurs réalisé 2 fois par jour. En terme d’impact économique, les coûts de l’arrêt de production et du nettoyage sont estimés à 2 millions d’euros.

L’étude des dangers du site (2009) vise 2 scénarios d’accident susceptibles de se produire au niveau de la régénération des liqueurs, l’un portant sur l’explosion de la chaudière en elle même, et l’autre sur l’explosion de son dissolveur, mais aucun sur le scénario de l’accident. Par ailleurs, le dispositif de rétention, en dessous des 8 réservoirs de l’atelier de l’accident semblerait ne pas être dimensionné conformément à la réglementation.

Le préfet signe le 08/07 un arrêté de mesures d’urgence visant à :

  • encadrer la remise en service sous réserve de la réalisation d’un certain nombre d’actions (requalification et remise en état d’équipements tels qu’installations électriques, vannes, arrêts d’urgence, cuves similaires à celle objet de l’accident, mise à jour des procédures, génie civil…) ;
  • surveiller le milieu (pH, oxygène dissous) jusqu’à la fin des opérations de nettoyage et de remise en état des installations ;
  • évacuer les déchets générés par l’accident dans des installations autorisées.

A la suite des travaux de nettoyage, de réparation et de contrôle, l’usine redémarre progressivement (hors atelier accidenté). La liqueur noire récupérée sur le site lors des opérations de nettoyage est réinjectée dans les installations après pré-traitement in situ.

La rupture du fond conique de la cuve où s’effectue l’extraction de la liqueur noire a pour origine une usure progressive par corrosion/érosion. Construite en acier carbone en 1988, la cuve avait fait l’objet d’une inspection interne en 1998 par un organisme de contrôle. Les résultats avaient conduit à réparer par doublage en tôle d’acier le fond conique et contrôler par un ressuage l’ensemble des soudures. L’expertise réalisée en août 2011 indique qu’après la réparation réalisée en 1998, une ou des infiltrations de liqueur noire se sont produites entre les plaques d’origine et celles de doublage. Ceci a fortement accéléré le phénomène de corrosion des plaques de doublage et poursuivi la corrosion de la paroi d’origine.

Compte tenu des caractéristiques de la corrosion identifiée et des solutions réparatoires mises en oeuvre en 1998, aucune problématique de corrosion du fond conique ne semblait pouvoir être anticipée et ce, d’autant moins que, jusqu’à l’incident, il n’avait pas été constaté, lors des inspections externes mensuelles, de signes avant-coureurs.

Par ailleurs, la position surélevée de la cuve, sa configuration (stockage de grande hauteur de 21 m) avec une jupe dotée d’une ouverture à sa base et la rupture brutale du fond conique occasionnant une vaporisation de la liqueur noire, ont contribué à une projection d’une partie de la liqueur noire (« effet jet ») en dehors de la fosse de rétention. La position de la cuve en périphérie de la fosse de rétention de l’unité d’évaporation a également accentué cet « effet jet » et a augmenté la quantité de liqueur noire projetée en dehors de la rétention.

L’analyse de l’incident conduit la DREAL à demander à l’exploitant d’accélérer la vérification des cuves de stockage et d’améliorer encore les procédures de maintenance.

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