Pollution
Humain
Environnement
Economique

Un camion-citerne chargé de propylène liquéfié extrêmement inflammable, prend feu et explose alors qu’il passe au niveau du camping de Los Alfaques, situé entre la route et la mer. 217 personnes (conducteur compris) périssent dans le sinistre et 200 autres sont gravement brûlés.

Le camion, composé d’un tracteur et une citerne semi-remorque quitte une raffinerie 100 km au nord à 12h05 chargé de 23 tonnes de propylène, près de 4 tonnes au dessus de la charge maximale admissible (19,35 tonnes). Le conducteur de la citerne, âgé de 50 ans, aurait reçu des instructions d’emprunter la route nationale 340 à la place de l’autoroute A-7 pour éviter le péage. Or, la route est étroite et sinueuse et traverse plusieurs zones densément peuplées.

À 14:35, alors que le camion passe devant le camping, il fait une embardée et percute le mur séparant le camping du bord de la route. La cause de l’accident de la route n’est pas claire (crevaison? Fuite sur la citerne ? Rupture hydraulique du réservoir surchargé ? …). Dans tous les cas, le camion-citerne fuit : un nuage de propylène gazeux se forme et dérive sur le camping vers la discothèque au nord-est. Le nuage blanc attire l’attention des clients du camping, qui s’approchent par curiosité. Le nuage atteint une source d’inflammation (probablement au niveau de la discothèque avec 100 personnes), provoquant immédiatement un retour de flamme vers la citerne (UVCE). L’incendie provoque la rupture quasi-instantanée du réservoir affaibli (BLEVE) avec une boule de feu.

A cette époque, le camping était bondé avec près de 1 000 vacanciers dans des caravanes et des tentes. L’explosion et sa boule de feu (estimée à plus de 1 000 ° C) détruit voitures, remorques et bâtiments dans un rayon de 300 m (90 % du camping) ; 157 personnes décèdent sur le champ à la suite de la première explosion et des incendies/explosions de voitures et de bouteilles de gaz des touristes. De nombreux grands brûlés meurent à l’hôpital dans les jours suivants.

Dans les 45 min après la catastrophe, les blessés sont évacués de façon non coordonnée dans les voitures d’autres survivants. Les habitants proches apportent leur aide et acheminent les blessés vers les hôpitaux. Des ambulances et les autres forces d’urgence arrivent progressivement. La Garde civile et les forces armées parcourent le camping dévasté à la recherche des survivants. Trois heures seront nécessaires pour que le dernier blessé soit emmené à l’hôpital.

L’enquête officielle identifiera que le camion avait été gravement surchargé et ne disposait pas de soupape de sécurité conçue pour limiter le risque de BLEVE en cas d’incendie. Toutefois, ces soupapes, obligatoires avant 1978, ne l’étaient plus. Le camion était en règle et sa prochaine inspection était prévue en 1980.

La citerne, fabriquée en décembre 1973, ne remplissait pas les conditions requises à l’époque pour le transport de liquides inflammables, justement à cause de l’absence de soupape. Par conséquent, le réservoir a été utilisé pour transporter d’autres substances, dont certaines très corrosives. Les tests sur les restes de la cuve en acier montreront des fissures microscopiques dues à la corrosion causée par les chargements antérieurs d’ammoniac. Ces facteurs sont susceptibles d’avoir conduit à la rupture quasi-instantanée de la cuve déjà endommagée par l’impact lors du flash-over. Un camion-citerne en bon état et correctement rempli devrait être en mesure de maintenir l’intégrité structurelle dans un feu assez longtemps pour au moins permettre aux gens proches de s’échapper.

L’enquête a également révélé que le surremplissage des camions-citernes était une pratique courante da,s la raffinerie expéditrice, en raison de l’absence de mesure de la quantité de gaz distribué et d’un dispositif d’arrêt automatique pour éviter les débordements.

Après l’accident, les soupapes de sécurité sont rendues à nouveau obligatoires sur les camions-citernes, la réglementation espagnole sur le transport de matières dangereuses est modifiée (interdiction de traverser des zones densément peuplées, renforcement de la formation des conducteurs…) et la coordination des services d’urgence est améliorée. La tragédie a coûté près de 20 M d’euros (de l’époque) aux assureurs.