Pollution
Humain
Environnement
Economique

Vers 20 h, dans l’unité de fabrication de fongicide soufré d’une usine de produits phytosanitaires, des alarmes se déclenchent en salle de contrôle. Elles signalent une explosion au niveau du filtre récupérant les poussières du réseau de ventilation de l’unité et l’ouverture des évents d’explosion de ce filtre dépoussiéreur.

Les opérateurs de l’unité sortent du bâtiment. Ils constatent des flammes au niveau des évents du filtre. L’alerte est donnée aux pompiers internes et externes. Le POI est déclenché à 20h45. Un ouvrier, légèrement blessé, est transporté à l’hôpital mais en ressort rapidement. Les pompiers maîtrisent le sinistre vers 23 h. Le POI est levé à 23h15. L’exploitant met en place une surveillance pour la nuit.

L’unité est démontée pour enquête, nettoyage et réparation. Selon l’exploitant, les pertes se chiffrent à 4 millions d’euros. Le redémarrage des installations a lieu en avril.

Analyse des causes

En raison des conditions météorologiques très défavorables (activité orageuse et vent violent), l’installation a été arrêtée à 19h50, soit quelques minutes avant l’accident, conformément à la procédure en vigueur.

Le système de détection d’explosion indique que 2 événements se sont produits à 2 secondes d’intervalle :

  • une explosion faible dans la zone des cyclones, servant au traitement de l’air de la tour d’atomisation (séchage) ;
  • puis une explosion, suivie d’un feu, dans le filtre dépoussiéreur situé au 4ème étage. Ce filtre est relié aux sas situés sous les cyclones par l’intermédiaire du circuit de ventilation.

Après expertise, l’origine de la succession d’événements est identifiée au niveau du sas situé sous les cyclones. Une explosion a eu lieu au sein de ce sas. Elle s’explique par la présence concomitante d’oxygène (le sas étant en phase de remplissage au moment de l’accident), de poussières en concentration explosive (présence de poussières en suspension particulièrement fines pendant la phase de remplissage) et d’une énergie d’ignition. L’hypothèse la plus probable concernant cette énergie d’ignition est la présence d’une source d’inflammation électrostatique. La température relativement élevée du fongicide pendant la phase d’arrêt de l’unité (jusqu’à 104 °C, contre 70 °C lors de la phase de production) aurait pu rendre le produit plus sensible à une telle décharge. De plus, la faible humidité de l’air pendant la phase d’arrêt a pu conduire à une génération accrue d’électricité statique. L’hypothèse d’une auto-inflammation du produit n’est pas retenue car les températures nécessaires à une auto-inflammation de couche sont très supérieures à celles atteintes au moment de l’événement (220-250 °C contre 104 °C).

A partir de l’explosion dans le sas, il y aurait eu :

  • propagation vers les cyclones situés au-dessus du sas, provoquant une combustion de produit dans les pieds de cyclone ;
  • propagation d’une braise issue de l’explosion du sas vers l’évent de dégazage du sas et atteinte du filtre dépoussiéreur via les conduites de ventilation. Le sas étant en phase de remplissage, les vannes d’évent reliées à la ventilation étaient en effet en position ouverte. Le filtre dépoussiéreur contenait des poussières en concentration explosive. La braise issue du sas a causé l’explosion du filtre puis son incendie.

Retour d’expérience et mesures prises

Suite à l’accident, et avant redémarrage des installations, l’exploitant :

  • améliore le contrôle de la température à la sortie de la tour d’atomisation, en particulier pendant les phases d’arrêt ;
  • remplace les évents du filtre en polymère par des évents en métal (ces derniers ayant une fourchette d’ouverture à la pression plus précise que les évents en polymère).

D’autres améliorations sont programmées dans les mois suivants :

  • mise en place d’une injection d’eau dans le filtre depuis une zone déportée pour réduire les conséquences en cas d’explosion (réduction des conséquences humaines en éloignant la zone d’intervention et réduction des conséquences matérielles en améliorant la réactivité de l’extinction) ;
  • études sur :
    • la possibilité de mettre en place des contrôles de températures supplémentaires (en sortie de cyclone, en sortie de filtre) pour une détection précoce des anomalies ;
    • la faisabilité d’un système de détection de feu couvant pour détecter au plus tôt une combustion ;
    • l’intérêt de mettre en place des automatismes de sécurité supplémentaires (arrêt d’urgence) en cas de détection d’explosion dans le filtre dépoussiéreur ou d’ouverture des évents du filtre ;
    • les solutions techniques pour réduire le risque de transmission de braises entre le sas/les pieds de cyclone et le sas/le filtre de dépoussiérage ;
    • la possibilité de réduire la quantité de produit dans le sas (pour réduire la probabilité d’une décharge électrostatique).