Pollution
Humain
Environnement
Economique

A 8h47, sur un site de conditionnement de gaz industriels liquéfiés classé Seveso, une violente explosion se produit dans l’atelier de vidange de bouteilles vides de chlore sous pression (Cl2) retournées par les clients et qui doivent être réformées ou contrôlées. L’exploitant déclenche le POI à 8h48 et met les installations en sécurité. A 8h53, une équipe de première intervention s’équipe de scaphandre et ARI pour reconnaitre les lieux de l’accident alors que les pompiers de la plate-forme pétrochimique voisine arrivent sur les lieux. Les services de secours publiques arrivent à 9h05 avec 15 véhicules et 25 hommes, un PC est monté. A 9h14, le corps d’un employé qui dégazait une bouteille est trouvé dans l’atelier alors que 2 intervenants extérieurs travaillant à proximité sont blessés (un par projection et l’autre intoxiqué par du chlore). Jusqu’à 10h, les équipes d’interventions de l’exploitant et des pompiers arrosent le lieu de l’accident pour éviter la dispersion du Cl2 qui aurait pu s’échapper, confinent une bouteille de chlore retrouvée fuyarde dans un sarcophage étanche fourni par l’exploitant et obturent une fuite sur une cuve d’eau de javel de 15 m³ qui a perdu 6 m³ dans sa cuvette de rétention. Des vapeurs de Cl2 sont détectées dans le bâtiment accidenté (120 ppm selon les pompiers, 60 ppm selon l’exploitant) mais pas à l’extérieur. Six employés, indemnes mais choqués, sont pris en charge par une cellule psychologique. Vers 10h, la police bloque les accès au port et au site, elle dévie la circulation vers l’A55. Une centaine de salariés des sites voisins se confine dès l’explosion, de l’autre côté du canal quelques écoles confinent brièvement leurs élèves suite au bruit généré par l’explosion ou par la sirène POI. L’exploitant émet un communiqué de presse à 12h15 et 19h45. Le maire de Martigues, l’inspection des IC et un représentant du préfet se rendent sur place. Les mairies des 2 communes voisines reçoivent un fax de l’exploitant vers 10h50. Les accès au port de Martigues sont réouverts à 14h00 et les services de secours quittent le site vers 16h.

Le souffle de l’explosion détruit le mur en parpaing séparant l’atelier de transvasement du local compresseur, arrache des marches de l’escalier permettant d’accéder à la mezzanine et détruit 200 m² de toiture en fibrociment. Des fragments de bouteille sont projetés à plus de 100 m (300 m selon les pompiers), dont l’un atteint une autre société située à 500 m.

L’accident a lieu dans une installation de dégazage lors d’une opération manuelle de transfert entre une bouteille « source » presque vide (quantité résiduelle > 5kg) et une bouteille « cible » de récupération du chlore résiduel. L’opérateur vérifie d’abord la présence de Cl2 dans la bouteille source par ouverture du robinet et pulvérisation d’une solution ammoniaquée qui doit produire un panache blanc. Il dégaze ensuite la bouteille source vers une tour de neutralisation pour atteindre la tension de vapeur du chlore liquide, puis la pressurise à l’air comprimé (8 bar). Il bascule la bouteille source tête en bas et ouvre progressivement les vannes de mise en communication des 2 bouteilles reliées par un flexible, le chlore liquide est chassé vers la bouteille cible par la différence de pression.

Les premières investigations montrent que l’explosion se serait produite pendant la phase de transvasement d’une bouteille source d’un volume de 40 l et d’une capacité de 39 kg, fabriquée il y a plus de 50 ans et issue d’un stock de vieilles bouteilles récupérées sur le site, qui n‘apparaissait pas dans le système de suivi mis en place 10 ans avant l’accident. La bouteille cible, d’un volume de 40 l et d’une capacité de 50 kg, avait été fabriquée 2 ans avant l’accident. C’est la bouteille cible qui aurait explosé, ses fragments perforant la bouteille source et une dizaine d’autres bouteilles présentes dans l’atelier. Des traces de combustion (dépôts de suie sur les bouteilles accidentées et le manomètre de transvasement), et une bouffée de fumée noire vue par un autre opérateur, laissent penser à une réaction exothermique qui aurait provoqué l’éclatement de la bouteille cible. Un véhicule d’analyse spectrométrique, envoyé par les services de secours dans l’après midi, détecte la présence de trichloroéthane sur un prélèvement du contenu de la bouteille cible. Ce solvant chloré peut former un mélange explosif en présence de Cl2 liquide (le chlore est un produit ininflammable et non explosif quand il est seul). Le scénario d’explosion de bouteille ne fait pas partie de l’étude des dangers produite par l’exploitant.