Pollution
Humain
Environnement
Economique

Un opérateur d’une usine de fabrication d’engrais composés classée Seveso seuil-haut actionne vers 7h les marteaux de décolmatage du sécheur de l’atelier de granulation quand il constate une fumée abondante au niveau de la descente d’alimentation du sécheur. La fumée présente l’odeur caractéristique de la décomposition d’engrais NPK et envahit rapidement l’atelier. Les 2 opérateurs de l’unité donnent l’alerte par radio et se réfugient dans la salle de commande de l’unité. L’exploitant déclenche le plan d’évacuation générale du site. La salle de commande n’étant pas étanche et ne disposant pas d’appareils respiratoires autonomes, les 2 opérateurs évacuent la salle de commande après avoir arrêté le chauffage mais sans avoir eu le temps d’arrêter l’air de dilution du sécheur. Dans le hall de l’unité, le conducteur du pont roulant met son masque de fuite et essaie d’évacuer par le chemin d’évacuation prévu mais, aveuglé par la fumée et faute d’éclairage de secours, il finit par casser le bardage de la toiture du hall de l’atelier et saute sur le toit d’un réservoir extérieur où il sera récupéré 20 mn plus tard par les secours.

Les services de secours décident de noyer le sécheur à l’eau par une bouche prévue à cet effet, en plus de l’utilisation de l’alimentation automatique en eau du sécheur. Les fumées issues de la décomposition sont envoyées vers la tour de lavage reliée au sécheur, ce qui a limité fortement les rejets toxiques. Le 1er niveau du plan communal de secours (sur une échelle de 3) est déclenché. Un périmètre de sécurité de 100 m est mis en place ; dans ce dernier les riverains, dont 1 école et 1 salle de sport, sont évacués. La population sous le vent de l’usine dans un rayon de 500 m est invitée à se confiner (1 500 personnes – 3 villages). Les secours (pompiers et police) mobilisent 80 personnes. L’alerte est levée à 10h30 après que les mesures atmosphériques réalisées par les secours se soient révélées négatives. Trois employés sont hospitalisés une journée avant de reprendre le travail, un employé est gravement intoxiqué ; 20 t d’engrais ont été impliqués dans l’accident.

L’enquête menée par l’administration montre que l’engrais en cours de séchage introduit 15h avant l’accident était de type NPK 12-12-17 non susceptible de décomposition auto-entretenue (non DAE). Par contre, sur les 900 t d’engrais fabriqué avant ces 15h, 600 t étaient de type 12/7/10 susceptible de se décomposer faiblement (5 à 10 cm/h). L’hypothèse la plus probable est qu’une partie des engrais de la production précédente ait stagné dans les pelles du sécheur, puis ait été soumise à une température élevée dans le sécheur (250 à 300° C) provoquant leur auto-décomposition lente et latente. En cours de séchage, cette auto-décomposition aurait provoqué la fusion de l’engrais non DAE et une production abondante de fumée chargée de gaz irritants (dont du NH3, de l’acide nitrique et des oxydes d’azotes, gaz toxiques par inhalation à forte concentration). Malgré des mesures de température à l’entrée et à la sortie du sécheur, cette décomposition suivie de fusion des engrais n’a pas été détectée par les opérateurs de l’unité. La production de fumée a mis le sécheur en surpression et a facilité la dispersion de ces fumées, alors qu’il est normalement en légère dépression. Cette surpression a été aggravée car son alimentation en air de dilution à l’entrée n’a pas pu être coupée par les opérateurs de l’unité.