Pollution
Humain
Environnement
Economique

Dans une usine de fabrication d’insecticide implantée en 1969, un rejet de 40 t d’isocyanate de méthyle (MIC) et autres gaz toxiques se produit pendant 2 h dans la nuit du 2 au 3 décembre à la suite d’un emballement de réactions initiées par l’introduction d’eau dans un réservoir de MIC et dont les conséquences ne seront pas maîtrisées à cause de la défaillance ou du shunt de nombreux systèmes de sécurité pour des raisons d’économies de fonctionnement.

Les émanations toxiques font de nombreuses victimes parmi la population : 3 000 à 25 000 morts et 170 000 à 800 000 intoxiqués selon les sources. Les blessés afflueront vers les hôpitaux qui, sous-équipés et non préparés à un tel afflux de victimes, seront vite saturés, obligeant à des installations de fortune. A cause d’une absence de communication de l’entreprise et d’un déni concernant la présence possible d’acide cyanhydrique dans les rejets, les médecins confrontés aux symptômes aigus (œdème aigu du poumon, détresse respiratoire, toux persistantes, lésions oculaires…) auront la plus grande difficulté à établir un traitement adapté.
Le stockage comprend 3 réservoirs inox réfrigérés de 60 m³ (50 t) de MIC liquide reliés à 1 laveur de gaz d’échappement et 1 torchère.
L’introduction d’eau dans un des réservoirs, dont l’origine n’est pas totalement élucidée, initie plusieurs réactions exothermiques en chaîne (dont l’hydrolyse et la trimérisation du MIC) conduisant à des élévations de température (200 °C) et de pression (13,79 bar) par dégagement de gaz et vaporisation du MIC. Le disque de rupture et la soupape protégeant l’intégrité du réservoir jouent leur rôle : les gaz toxiques générés sont envoyés vers les installations de traitement. Mais ces systèmes de sécurité s’avéreront défaillants : réfrigération à l’arrêt (06/84), indicateurs de température, pression et niveau de liquide dans la cuve défectueux, laveur de gaz d’échappement hors service (23/10/84), torchère hors d’usage (quelques jours avant l’accident). Le rideau d’eau déclenché 1 h après le début du rejet ne se révèlera pas assez puissant pour abattre le nuage toxique.
Fin décembre, l’atelier de production du pesticide est momentanément remis en fonctionnement pour déstocker le MIC encore présent après l’accident. L’activité du site est arrêtée et celui-ci est laissé en l’état, avec de nombreux problèmes non résolus d’élimination des déchets et de pollution des sols et des eaux souterraines.
Lancée en 1987, la procédure judiciaire connaît plusieurs rebondissements. Initialement poursuivis pour homicide, les 8 prévenus (7 Indiens et un Américain, le président de la compagnie) ont bénéficié en 1996 d’un arrêt de la Cour suprême indienne requalifiant les faits en homicide par négligence, un délit puni d’une peine de deux ans de prison maximum.
En 1989, l’exploitant passe un accord avec le gouvernement indien : l’industriel verse un dédommagement de 470 millions de dollars, contre l’abandon de toute poursuite.
Le 7 juin 2010, le tribunal de première instance de Bhopal condamne à deux ans de prison et 100.000 roupies d’amende (1.751 euros) les 7 personnes jugées responsables de la catastrophe (la huitième étant décédée entre-temps). Elles ont cependant pu faire appel et ont immédiatement être relâchées sous caution. Une amende de 10 000 dollars (8 354 euros) est infligée à la filiale indienne de l’exploitant pour négligences. Le PDG de l’entreprise à l’époque, déclaré « en fuite » par la cour, n’a pas été nommé lors du verdict.
Le 12 novembre 2014, la société mère ayant repris en 2001 la filiale qui détenait l’usine est assignée à comparaître devant un tribunal indien mais ne répond pas à la convocation. Une nouvelle audience est programmée le 14 mars 2015.
Cette catastrophe, la plus grave de l’histoire de l’industrie chimique, souligne l’importance du maintien dans le temps de l’efficacité des barrières techniques et organisationnelles, surtout dans des contextes économiques tendus. Elle montre également l’importance de la conception des installations, du dimensionnement des systèmes de sécurité, de la gestion des modifications ainsi que celle de la maîtrise de l’urbanisation, des plans de secours et de l’information des populations.
L’accident a ainsi provoqué un tournant dans la manière dont l’industrie considère la sécurité des procédés.

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