Pollution
Humain
Environnement
Economique

Sur un site chimique Seveso (SH) en milieu urbain, un disque de sécurité éclate et une soupape s’ouvre à 21h31 et durant 40 s sur un réacteur de production de paranitraniline (PNA / pour la fabrication de colorants ou de produits phytosanitaires) à partir de paranitrochlorobenzène (PNCB). Le réacteur est refroidi, puis un opérateur recherche visuellement sur la toiture et autour de l’atelier les traces d’un éventuel rejet atmosphérique ; mais il fait nuit et tout semble normal.

Le lendemain vers 6h40, le responsable de l’équipe montante découvre qu’une pellicule de poussière jaune de PNA / PNCB cristallisés au contact de l’air froid recouvre des jardins familiaux contigus à l’usine, une voie ferrée et le parking d’une gare. Alors que les paramètres de fonctionnement (P / T) du réacteur étaient stables, 500 kg de mélange réactionnel ont été projetés dans l’air, soit 100 kg de matières actives (PNCB / PNA) toxiques par inhalation / ingestion. Parallèlement, des agents ferroviaires victimes d’irritations oculaires / gêne respiratoire alertent les pompiers ; une vingtaine d’entre eux subit des examens, 2 atteints de maux de tête sont hospitalisés par précaution.

La surface polluée est évaluée à 3 ha. D’importants moyens sont déployés durant 48 h pour nettoyer les zones atteintes. Le parking est lavé, les eaux polluées étant traitées par la station d’épuration communale. Les terres des jardins sont excavées sur 5 cm ; 700 t de terres, végétaux et débris divers sont stockées sur une aire étanche, puis évacuées en centre d’enfouissement. Une quinzaine de prélèvements est effectuée en surface et en profondeur (5 à 15 cm) pour contrôler l’efficacité de la dépollution. Les dommages sont évalués à 27 MF.

Le réacteur est équipé d’un évent atmosphérique muni en parallèle de 2 soupapes de sécurité tarées à 50 bar et d’une vanne de secours aux conditions d’ouverture préalablement définies. L’ensemble soupapes / vanne est protégé (cristallisation, dépôt…) par un disque de rupture taré à 48 bar. Des mesures de pression en aval du disque et en amont des soupapes permettent de détecter un éclatement du disque.

Le réacteur travaillait normalement à la pression enregistrée de 41 bar, la tolérance de +/- 2 % acceptée par rapport à la pression de tarage ne peut pas expliquer la rupture du disque. Plusieurs ruptures de ce type ont été recensées en interne ces 10 dernières années avec; selon son type, un disque en service sur 4 de concerné après 140 à 800 cycles de fonctionnement. Mais pourquoi les soupapes se sont-elles ouvertes ? Aidé par des organismes et laboratoires spécialisés, l’exploitant réalise une étude spécifique (coût 1,5 MF) qui révèle qu’avec la configuration en « chandelier » de l’assemblage disque / soupape utilisé dans l’usine, le souffle engendré par la rupture du disque peut entraîner des « pics de pression » ou « ondes de pression » pouvant atteindre 69 bar. Un accident précurseur sur un autoclave avec émission de 100 kg d’ammoniac est également identifié en juillet 1990.

La conception d’un ensemble disque de rupture / soupape doit garantir un maximum de sécurité : dimensionnement bien sûr, mais aussi géométrie, point de rejet, collecte éventuelle des effluents…. Dans le cas présent, l’exploitant améliore la géométrie du “chandelier”, sans retenir pour autant la « protection maximale » préconisée par l’étude réalisée mais jugée inutile pour son installation : implantation d’un embout perforé (montage du type “silencieux”) en aval de la soupape et d’une nourrice entre le disque et les soupapes, utilisation de gaz de densité différente en amont et en aval du disque de rupture (le gaz le plus lourd étant entre le disque et la soupape)…

L’alerte tardive constitue un 2ème enseignement ; plus de 10 h se sont écoulées entre le rejet et l’instauration d’un périmètre de sécurité. Aucun dispositif n’était prévu pour informer les opérateurs de l’ouverture des soupapes qui ne pouvait être détectée que par le bruit émis par la tuyère d’échappement extérieure qui n’a pas été entendu par l’opérateur absent de l’atelier. Les consignes d’alerte du personnel sont modifiées après ce constat et un système mécanique est installé pour détecter l’ouverture des soupapes avec un opercule en sortie de l’évent en toiture associé à un contre-poids de couleur vive et à un panier de réception visibles des opérateurs dans l’atelier.

La production est suspendue 1 mois. Tous les dispositifs de mesure et de sécurité sont vérifiés. Les disques de sécurité sont remplacés préventivement. Les conséquences auraient pu être plus graves si les conditions météorologiques avaient été défavorables et si la soupape ne s’était pas refermée. Une collecte des évents vers des enceintes fixes et / ou gonflable est étudiée pour éviter les rejets en milieu naturel. L’exploitant se concerte enfin avec la municipalité pour acquérir les terrains accueillant les jardins proches et en faire un glacis industriel.

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