Pollution
Humain
Environnement
Economique

Un bac de liqueur noire de 5 000 m³ en phase de remplissage se rompt à 14h30 dans une papeterie située à 5 km à l’est du bassin d’Arcachon. La liqueur noire est un résidu de fabrication du papier fortement basique. Composée de matières organiques, de soude et d’autres produits chimiques, elle est utilisée comme combustible des chaudières servant à produire la pâte à papier ; 4 000 m³ de produit à 85 °C se répandent sur 2 à 3 ha dans le site. Après destruction d’un muret de rétention, 100 m³ de produit se déversent dans le LACANAU puis la LEYRE. Le reste du produit rejoint une lagune de secours. L’exploitant obstrue le fossé d’eaux pluviales mettant en connexion le site et le LACANAU en 2 endroits avec de la terre. Il arrête également ses installations, déclenche son POI et évacue le personnel. L’aide d’un organisme spécialisé dans les situations d’urgence est sollicitée et un réseau de mesure est déployé sur les 2 cours d’eau impactés. Selon la presse, 300 kg de poissons morts sont récupérés sur les berges, des reconnaissances aériennes évaluent la longueur de la pollution à 2 km. La préfecture interdit la baignade et la navigation. La gendarmerie veille à l’application de ces mesures. L’alimentation en eau potable n’est pas menacée, aucun captage ne se situant dans la zone concernée. Les ostréiculteurs du bassin d’Arcachon sont informés de la pollution. La préfecture tient une conférence de presse à 22 h.

Le lendemain, les analyses ne relevant plus de traces de pollution, les interdictions de baignade et de navigation sont levées. Une série d’arrêtés préfectoraux d’urgence sont pris afin de :

  • récupérer et éliminer les produits épandus (06/07;09/07;03/08) ;
  • autoriser le démarrage partiel des installations dans le but de vidanger un lessiveur pour permettre la maintenance d’une tuyauterie d’injection de liqueur noire (20/07;14/08) ;
  • réaliser une étude d’impact de l’accident sur les eaux de surface, les sédiments, les eaux souterraines et les sols notamment au regard des enjeux naturels de la zone Natura 2000 des vallées de la grande et de la petite Leyre (06/07) et proposer des mesures de remédiation (06/07) ;
  • identifier les causes de l’accident (06/07) ;
  • autoriser le redémarrage de l’établissement à la vue de l’ensemble des contrôles, travaux de réparation et mesures prises par l’exploitant (23/08).

L’industriel fait traiter l’ensemble de la pollution confinée sur site par expédition vers des unités de traitements de déchets autorisées, une unité de traitement mobile acheminée par camion et par un traitement batch in situ. Les effluents résiduels des 2 dernières filières sont rejetés après traitement dans le décanteur physico-chimique de la station d’épuration de l’usine.

Pour pouvoir redémarrer, l’exploitant contrôle 107 des 194 cuves du site, dont la totalité des bacs contenant de la liqueur noire. 16 bacs sont d’ailleurs arrêtés à l’initiative de l’industriel (12 l’étaient déjà avant l’accident) et la capacité de remplissage de certains réservoirs limitée. Un autre bac de liqueur noire construit une année avant celui qui s’est rompu sera remplacé par un neuf. L’industriel envisage également la reconstruction à neuf de la lagune de secours en 2014. Les pertes de production liées à l’accident sont importantes, le PDG de l’entreprise estime dans la presse qu’une journée d’arrêt de l’usine représente un coût de 200 Keuros, soit plus de 6 Meuros depuis le 05/07. Toutefois, de nombreuses opérations de maintenance sont anticipées afin d’éviter l’arrêt technique planifié du 9 au 21/09/12.

Le bac présentait des signes de vétusté et de corrosion. L’exploitant avait planifié des contrôles complémentaires sur ce bac fin juillet 2012 pour s’assurer de son aptitude à être maintenu en service.Dans le cadre de l’enquête judiciaire, une première expertise est réalisée sur un fragment du bac, dans le but de déterminer l’origine de l’accident.

Trois mois après l’accident, 3 personnes sont suivies psychologiquement. Les pertes de production sont supérieures à 10 millions d’euros et les coûts des travaux de dépollution sont évalués à plus d’un million d’euros. Les dommages matériels dans l’établissement sont estimés entre 2 et 10 millions d’euros. Dans une approche s’apparentant à l’application de la loi de responsabilité environnementale, un suivi de l’impact est demandé à l’exploitant jusqu’en 2014 sur les eaux souterraines et de surface, ainsi que la faune, les habitats et la flore.

La cour d’appel de Bordeaux condamne le 17/02/2015 l’exploitant à une amende de 30 000 euros. L’industriel doit également verser 40 000 euros de dommages et intérêts à 4 associations environnementales. En première instance, en septembre 2013, le tribunal correctionnel de Bordeaux avait relaxé l’usine. A l’époque, le tribunal avait considéré que l’accident était imprévisible et que la responsabilité pénale du papetier ne pouvait être engagée.