Pollution
Humain
Environnement
Economique

Lors du transfert d’un mélange d’hydrocarbures depuis une barge fluviale vers le parc de stockage d’une raffinerie, une défaillance au niveau du compensateur de la tuyauterie provoque une fuite vers 3 h.

Des mesures sont prises, la veille, pour préparer le transfert, depuis une barge, de 500 t de n-alcanes C5-C6 (liquide facilement inflammable, très toxique pour les organismes aquatiques) dans un bac à toit fixe de 1 000 m³. Un flexible (DN 80) est installé sur un branchement du rack de tuyauteries (DN 150) pour le raccordement au bac. Une check-list décrivant toutes les étapes manuelles est utilisée et 2 contrôles des raccordements et des tuyauteries sont effectués par le responsable d’exploitation en fin de travaux préparatoires et à 0 h par un opérateur de l’équipe de nuit. A 0h30, la barge est arrimée à l’appontement et un échantillon est prélevé pour analyse par le laboratoire. A 1h30, après réception des résultats d’analyse, la pompe, débit 50 m³/h, est mise en marche et un opérateur constate l’écoulement dans le bac (vérification acoustique, bruits de flux). Vers 1h45-2 h, la pompe tombe en panne à deux reprises pour des raisons indéterminées. Les installations (tuyauteries, vannes, équipements de mesures, de commande, de régulation) sont vérifiées ; aucun défaut n’est constaté. A 2h30, une reconnaissance est effectuée sur les tuyauteries entre le bac et le port et aucune fuite n’est constatée. A 2h45-3 h, la pompe du bateau est remise en marche avec un débit de 100 m³/h. A 3h10, un opérateur en salle de contrôle remarque des différences entre le régime de la pompe et l’état de remplissage du bac et effectue une nouvelle reconnaissance des tuyauteries qui permet d’identifier une flaque d’hydrocarbures. Le transfert est immédiatement arrêté et les pompiers du site et de la commune alertés.

Les arrêts répétés et le redémarrage de la pompe à 100 m³/h au lieu de 50 m³/h provoque l’éclatement d’un compensateur de dilatation installé sur la tuyauterie. Les investigations montrent un phénomène de coup de bélier favorisé par :

  • la tuyauterie de 450 m de long ne pouvant pas être positionnée selon une inclinaison constante en raison de contraintes géographiques et de configuration du site
  • la panne répétée de la pompe entraînant sa cavitation et la formation de bulles de cavitation
  • la mise en marche de la pompe à haut régime conduisant à une surpression dépassant la pression de dimensionnement des tuyauteries (16 bar)
  • la section décroissante (DN 150 / DN 80), des dispositifs d’appui placés de manière défavorable et la conception du compensateur de dilatation favorisant le point de rupture.

La surface souillée est estimée à 320 m². La flaque est recouverte avec de la mousse pour éviter l’évaporation puis pompée, le lendemain, par un prestataire spécialisé. Les mesures de gaz effectuées à l’extérieur du site ne mettent en évidence aucun dépassement de la LIE. La quantité déversée est estimée à 80 t de produit, 20 à 30 t sont récupérés lors de mesures d’urgence mais 50 à 60 t ont pénétré dans le sol non imperméabilisé (sol sablonneux). Une procédure à long terme de décontamination du sol, forage de puits et pompage des hydrocarbures dans la nappe phréatique est mise en place pour un coût estimé à 480 k€.

Un système avec fonction brise-vide est installé pour limiter les risques de coup de bélier résultant de la non maîtrise des caractéristiques techniques des installations : les équipements de mesure du débit au niveau de l’appontement détectent les chutes du débit de sortie et activent une injection de gaz compressible (azote) de sorte que les masses de fluide en mouvement ne viennent pas en collision avec les masses de fluide statiques en provoquant des pointes de pression pour lesquelles la tuyauterie n’est pas prévue. En outre, le nombre de sections décroissantes et de compensateurs de dilatation est réduit au strict minimum nécessaire. Suite à la réhabilitation de l’installation, il n’y a plus qu’une seule conduite d’acheminement du produit entre le port et les réservoirs.

L’exploitant répare le compensateur pour un coût de 10 k€, prévoit d’augmenter les rondes de surveillance et les consignes de chargement/déchargement du personnel du site et des équipages sont vérifiées et actualisées.

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