Pollution
Humain
Environnement
Economique

Une fuite est détectée sur un pipeline de pétrole brut (Diam. 40 ”, PMS 40 bar, année de construction 1972) constitué de tubes roulés soudés. L’accident a lieu sur un site Natura 2000 dans la réserve naturelle de la CRAU abritant plusieurs espèces protégées. Un garde de cette réserve donne l’alerte et l’exploitant déclenche son Plan de Surveillance et d’Intervention (PSI).

Les secours et divers services administratifs interviennent à 8h30. Des reconnaissances aériennes sont effectuées, un périmètre de sécurité est établi. Un « geyser » de 3 à 4 m de haut sort d’une rupture « boutonnière » de 15 cm de large et de 1,8 m de long sur la soudure longitudinale. La préfecture met en place une cellule de suivi à 11h15. La secrétaire d’Etat à l’écologie est sur les lieux à 16h30 et le parquet est saisi. La préfecture demande une évaluation précise des incidences environnementales. Selon l’exploitant, la rupture du pipe serait due à une fissure de fatigue par “effet de toit” vers le cordon de la soudure longitudinale. Le tube accidenté est remplacé par un élément neuf, d’autres sont inspectés et renforcés préventivement.

5 400 m³ de pétrole brut se sont répandus sur 5 ha de la réserve naturelle. Des sondages, carottages et analyses de terres sont réalisés pour évaluer en profondeur l’impact de la pollution sur la zone concernée. La nappe phréatique est entre 9 et 12 m de profondeur, 72 piézomètres sont progressivement mis en place dans les mois qui suivent pour suivre l’impact de la pollution sur les eaux souterraines, ainsi qu’une barrière hydraulique pour contenir la migration éventuelle de cette pollution. Les analyses régulièrement effectuées par l’exploitant du pipeline à la demande des autorités, montrent qu’aucun captage en aval hydraulique, pour l’irrigation et l’alimentation animale ou humaine n’a été affecté. De nombreuses études sont réalisées pour évaluer l’impact de l’accident sur la faune et la flore locale de la réserve. Toutefois, les conséquences sont difficiles à apprécier au-delà de la zone polluée faute d’état de référence précis même dans une réserve naturelle ; le coussoul (flore) est néanmoins détruit sur les 5 ha pollués.

Un an après le sinistre, l’exploitant assure avoir dépensé 50 millions d’euros pour « traiter » les conséquences de la fuite, dont une dizaine pour la restauration de l’environnement. Le bilan à fin 2010, fait apparaître que depuis le 21/08/09 plus de 73 000 t de terre polluées ont été décaissées, puis transportées dans un centre de traitement d’un département limitrophe. Ces terres proviennent du décapage des sols de la zone polluée sur une quarantaine de cm hors du couloir de pipes. Sur la zone de 5 ha, un remblaiement sur 0,40 m d’épaisseur a été réalisé avec des matériaux locaux transférés depuis une carrière proche en respectant la structure originelle du sol. La couche de surface est reconstituée en transférant directement du coussoul prélevé sur les zones non encore exploitées de cette carrière. Un suivi scientifique est prévu pour observer la reconstitution de ce coussoul. Ces travaux s’achèvent le 15 avril 2011.

Face à la succession d’accidents survenus en 2009 dans les industries chimiques et pétrolières, ainsi que dans le transport de matières dangereuses par canalisation, une rencontre sur les enjeux de sécurité industrielle et la protection de l’environnement est organisée en septembre 2009 entre la secrétaire d’Etat à l’écologie et les principaux dirigeants de ces secteurs. Ces derniers formuleront des propositions pour améliorer la sécurité de leurs installations, en renforçant notamment les contrôles du vieillissement des installations et leur maintenance, tout en s’engageant à mieux tenir compte des zones écologiquement sensibles pour améliorer la protection des espèces ou des zones protégées. Pour faire suite à l’accident de la plaine de La Crau et à titre d’expérimentation, en août 2010, la secrétaire d’Etat lance un projet visant à créer à proximité de la zone impactée de la plaine de la CRAU une réserve d’actifs naturels permettant de compenser les impacts négatifs à la biodiversité. Une société spécialisée restaurera à cet effet les habitats d’espèces rares et menacées en transformant un verger industriel en une zone de pâturage.

L’exploitant du pipeline est condamné le 29 juillet 2014 par le tribunal correctionnel de Tarascon à environ 77 000 euros d’amendes pour “déversement de substance nuisible dans les eaux souterraines, superficielles ou de la mer” et à 400 000 euros de dommages et intérêts.

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