Pollution
Humain
Environnement
Economique

Le CVM est un gaz inflammable et cancérigène, utilisé sous forme liquéfiée et gazeuse comme matière première pour fabriquer du PVC par polymérisation dans des réacteurs (prépolyériseurs et autoclaves). En fin de réaction, les autoclaves sont dégazés pour évacuer le CVM qui n’a pas été transformé. Le circuit de dégazage comprend un gazomètre et des compresseurs pour envoi du CVM sur l’unité de condensation.

Entre 2h45 et 9 h, dans une usine de fabrication de matières plastiques classée Seveso seuil haut, une émission de chlorure de vinyle monomère (CVM) se produit au niveau d’un circuit de dégazage et condensation de CVM. A 2h25, une vanne du circuit de dégazage s’ouvre. Entre 2h45 et 4h45, l’alarme niveau bas du gazomètre se déclenche, les compresseurs s’arrêtent. En parallèle, les mesures de CVM des détecteurs chromatographiques d’un atelier où se situent les réacteurs en dégazage présentent des concentrations entre 5 et 10 ppm. Les opérateurs constatent que les vannes de 2 autoclaves sont fuyardes. Ils resserrent les vannes et font une demande de maintenance. Vers 8 h, un pic de CVM à 12 ppm est détecté au niveau du toit d’un laboratoire à proximité de l’unité de condensation. La salle de contrôle est confinée. A 8h50, l’équipe de jour constate des volutes au-dessus de la section de dégazage. Les équipes en poste ferment manuellement vers 9 h la vanne en cause restée ouverte. Le rejet de CVM est stoppé.

La fuite de CVM gazeux sur 5 h est estimée à 3,4 t. Compte tenu de l’orientation du vent (d’Est en Ouest), le panache de CVM s’est dirigé vers l’intérieur du site. L’inspection des installations classées met en demeure l’exploitant de fournir une évaluation des conséquences environnementales et sanitaires de l’événement.

L’ouverture de la vanne de sécurité du circuit de dégazage par manque d’air est à l’origine de l’évènement. Une congestion s’est formée du fait de l’humidité présente dans le système de distribution de la vanne et d’une température de -3 °C, limitant alors le passage de l’air. Ce choix est basé sur une analyse de risques historique et sans REX d’ouverture intempestive. L’exploitant n’avait pas identifié que la vanne pouvait être à l’origine d’un rejet atmosphérique de CVM sauf dans sa fonction de sécurité.

Le rejet a duré 5 h car la vanne en cause n’a pas été identifiée dans l’immédiat. Il n’y a pas d’alarme de discordance sur cette vanne (différence entre ordre et état réel). De plus, son échappement ne dispose pas de mesure de CVM en sortie. L’équipe d’exploitation a supposé des fuites au niveau des vannes de 2 autoclaves comme étant à l’origine du rejet. Elle a interprété le niveau bas du gazomètre comme étant dû à la défaillance des vannes de by-pass des compresseurs. Des consignes incomplètes et un manque d’informations disponibles sur les écrans en salle de contrôle et sur les synoptiques disponibles sur le logiciel de suivi du process sont à l’origine des erreurs de perception de l’évènement de la part de l’équipe d’exploitation.

De plus, l’astreinte du site n’a pas été immédiatement informée de l’évènement en cours. Le scénario de rejet de CVM sur la ligne de dégazage n’est pas identifié dans l’étude de dangers du site.

L’exploitant sensibilise l’ensemble des équipes d’exploitation sur cet évènement et sur le plan d’action issu de l’arbre des causes réalisé suite à cet événement. Il prévoit en particulier de :

  • réaliser la revue des équipements “sensibles”, pouvant conduire à un rejet de CVM à l’atmosphère, de faire l’HAZOP des systèmes dans lesquels ils sont intégrés, de mettre en place un suivi spécifique de ces équipements, et de systématiser l’ouverture d’un compte-rendu d’événement (CRE) en cas de dysfonctionnement sur ces équipements. Des actions complémentaires pourront être identifiées à l’issue de cet HAZOP, comme notamment, vérifier que ces équipements sont utilisés dans des conditions conformes aux préconisations des fournisseurs ;
  • sensibiliser les équipes d’exploitation à l’ouverture de CRE et pérenniser dans le temps le REX de cet événement ;
  • mettre une alarme de discordance sur la vanne en cause dans l’événement ;
  • revoir et créer différentes “fiche alarme” pour intégrer les situations qui ne se sont jusqu’à présent pas ou peu présentées sur le site,
  • standardiser le logiciel de suivi du process afin d’identifier plus aisément des défaillances possibles ;
  • ajouter des informations sur les vues du synoptique et sur les écrans en salle de contrôle ;
  • mettre à jour la procédure d’appel de l’astreinte du site.