Pollution
Humain
Environnement
Economique

Le conducteur d’un engin de chantier vient de terminer le démantèlement d’un ancien atelier sur une plateforme pétrochimique classée Seveso, quand il remarque qu’une portion de tuyauterie dépassant de 50 cm d’une fosse bétonnée pourrait gêner le passage de son engin dans une zone où il sera amené à travailler prochainement. Il décide de supprimer cette portion de tuyauterie (diamètre 12 “) terminée par une vanne et un joint plein en la cisaillant vers 17h45, provoquant une fuite alimentée de naphta (liquide inflammable composé à 6 % de benzène, produit toxique et volatil) dans l’air et sur le sol à proximité. Il donne l’alerte, l’exploitant déclenche le POI, confine le personnel travaillant à proximité et stoppe la fuite au bout de 60 min au moyen d’une vanne amont : la portion de tuyauterie, cisaillée sur 40 % de sa section, est toujours reliée à un bac de stockage en activité et plein de naphta. Une flaque de naphta de 100 m sur 2 m s’est formée autour de la fosse, les pompiers du site la recouvrent avec 600 m³ de mousse foisonnante pour limiter l’évaporation du benzène. Ils sont appuyés par d’importants renforts des services de secours publics : 4 fourgons, 1 motopompe et 52 pompiers. L’exploitant alerte les maires des communes voisines et les autres entreprises de la plate-forme. Les pompiers effectuent des mesures d’explosimétrie à l’intérieur et à l’extérieur du site et dans les communes voisines. La teneur maximale de benzène détectée dans l’air à 19 h est de 1,4 ppm (450 microgrammes/m³). Vers 21h30, les mesures d’explosimétrie se révèlent négatives et les pompiers ne perçoivent pas d’odeur de benzène sur les lieux contrôlés, leur dispositif est levé le lendemain à 8h30. Une partie du naphta perdu s’infiltre par une bouche d’égout puis rejoint la station de traitement des effluents de la plateforme par le réseau des eaux usées. Le contenu du réseau est détourné vers un bassin de rétention, lui même recouvert de mousse, puis pompé et éliminé en centre agrée dans les jours suivant l’accident. Le volume de naphta perdu est estimé à 17 t, dont 50 % se serait évaporé avant de retomber sur le sol. Les portions de sol contaminées par le naphta (jusqu’à 39 000 ppm de benzène et 95 000 de toluène) sont décapées, les 20 t de terre décapés sont ensuite éliminés dans une filière agrée. L’exploitant envoie un communiqué de presse le lendemain.

L’enquête menée par l’exploitant montre que le conducteur venait d’enlever à proximité une tuyauterie précédemment démontée et posée au sol, auparavant reliée à la portion de tuyauterie accidentée. Cette portion, désaffectée depuis de nombreuses années, était reliée à un tronçon de l’ancienne ligne enterrée utilisé pour transférer le naphta livré par wagon vers les bacs de stockage. Cette ligne avait été sectionnée au niveau de la fosse, chaque tronçon étant fermé par une bride pleine, mais était toujours connectée à la ligne de transfert principale de 3 bacs de naphta du côté du tronçon accidenté. La proximité géographique de la tuyauterie démontée avec la portion accidentée, qui dépassait de la fosse et gênait la manoeuvre de l’engin, a poussé le conducteur à la cisailler bien qu’aucune signalisation de démantèlement (code couleur) n’ait été mis en place sur cette portion. La zone de l’accident ne faisait pas non plus partie de la zone de démantèlement prévue dans la procédure de démolition mis au point avec l’exploitant dans le cadre de l’autorisation de travail. L’inspection des IC relève cependant qu’aucun balisage ou protection physique de la tuyauterie accidentée n’avait été mis en place malgré la proximité de cette dernière avec la zone de démolition autorisée (risque de collision accidentelle de l’engin avec une tuyauterie en charge).

C’est le troisième accident avec fuite de produit en moins d’un an : une fuite d’éthylène 3 mois avant (ARIA 39195) et une fuite enflammée de naphta non clarifiée 9 mois avant (ARIA 38207).